La réalité des chiffres : un plafond de verre persistant dans la tech
Les directions des systèmes d’information restent parmi les fonctions les plus masculines des comités de direction. En France, les femmes représentent moins de 15 % des DSI et CTO des entreprises du CAC 40. Au niveau mondial, la situation n’est guère meilleure : seuls 5 % des postes de CTO dans les entreprises du Fortune 500 sont occupés par des femmes.
Ces chiffres ne sont pas simplement une anomalie statistique — ils sont le reflet de dynamiques systémiques profondément ancrées dans la culture du secteur technologique. Des dynamiques qui ne se résoudront pas par de simples déclarations d’intention ou des quotas imposés, mais qui nécessitent une compréhension fine des mécanismes à l’œuvre et des stratégies adaptées pour les contourner.
Ce qui rend cette situation particulièrement préoccupante, c’est que le pipeline n’est pas le seul problème. Les femmes entrent dans le secteur tech en proportions certes insuffisantes mais croissantes — le vrai défi est qu’elles n’y restent pas, ou qu’elles restent mais sans accéder aux postes de direction. La déperdition se produit à chaque étape de la progression de carrière, créant un entonnoir inversé qui explique les chiffres catastrophiques au sommet.
Les obstacles invisibles : ce qui freine réellement la progression des femmes DSI/CTO
Avant de parler de solutions, il faut nommer les obstacles avec précision. Et ces obstacles ne sont pas ceux qu’on imagine habituellement.
Le double standard de compétence
Les recherches en sciences comportementales montrent de manière consistante que les femmes dans les métiers techniques sont soumises à un double standard de compétence. Pour être jugées « aussi compétentes » que leurs pairs masculins, elles doivent démontrer un niveau d’expertise significativement plus élevé. Un homme qui fait une erreur technique bénéficie du doute — « il a eu un mauvais jour ». Une femme qui fait la même erreur voit sa compétence globale remise en question.
Ce double standard a des conséquences concrètes sur la progression de carrière. Il signifie que les femmes doivent accumuler davantage de preuves de leur compétence avant d’être considérées pour une promotion. Il crée une charge cognitive supplémentaire — la vigilance constante pour ne pas faire d’erreur, qui paradoxalement consomme de l’énergie mentale qui pourrait être investie dans l’innovation et le leadership.
L’invisibilisation des contributions
Un phénomène bien documenté dans les environnements techniques à dominante masculine : les contributions des femmes sont régulièrement attribuées à d’autres, minimisées, ou simplement ignorées. En réunion technique, une idée proposée par une femme peut être ignorée, puis reprise quelques minutes plus tard par un collègue masculin qui en récolte le crédit. Ce phénomène, que les chercheuses appellent « hepeating », n’est pas malveillant — il est systémique, ce qui le rend d’autant plus difficile à combattre.
Pour les femmes qui aspirent à des postes de direction IT, cette invisibilisation est particulièrement toxique. Le chemin vers la DSI ou la CTO repose sur la visibilité des réalisations, la reconnaissance par les pairs et la hiérarchie, et la construction d’une réputation d’expertise et de leadership. Quand ces contributions sont systématiquement sous-évaluées, le parcours vers le sommet devient exponentiellement plus difficile.
Le piège du « style de leadership »
Les femmes en position de leadership technique font face à un dilemme permanent : adopter un style de leadership assertif et directif — attendu dans la tech — au risque d’être perçues comme « agressives » ou « difficiles », ou adopter un style plus collaboratif et inclusif — socialement attendu des femmes — au risque d’être perçues comme « pas assez techniques » ou « trop soft pour le poste ».
Ce dilemme n’a pas de solution simple, parce qu’il est ancré dans des biais culturels profonds. Les attentes envers un leader « technique » et les attentes envers une « femme » sont en contradiction directe, créant une injonction paradoxale que les hommes n’ont jamais à naviguer.
L’isolement structurel
Être la seule femme autour de la table du COMEX, ou l’une des rares dans les cercles de décision technique, crée un isolement structurel qui a des conséquences profondes. L’absence de pairs qui partagent la même expérience signifie l’absence de miroir, de soutien, et de validation. Les codes implicites des cercles de pouvoir — souvent construits autour de rituels masculins (dîners, golf, sport) — excluent de facto celles qui n’y ont pas naturellement accès.
Cet isolement n’est pas seulement inconfortable — il est stratégiquement coûteux. Les décisions de carrière, les opportunités de projets à haute visibilité, les recommandations pour des promotions se négocient souvent dans ces espaces informels auxquels les femmes n’ont pas accès.
Les stratégies qui fonctionnent : naviguer le système avec lucidité
Face à ces obstacles, la tentation est de baisser les bras ou d’attendre que le système change. Les femmes qui réussissent à accéder aux postes de DSI et CTO ont en commun d’avoir adopté une approche lucide et stratégique — sans renoncer à leur authenticité.
Stratégie 1 : maîtriser l’art de la visibilité stratégique
La compétence seule ne suffit pas — elle n’a jamais suffi pour personne, homme ou femme. Mais pour les femmes dans la tech, la gestion de la visibilité est d’autant plus cruciale que leurs contributions risquent d’être invisibilisées. Cela ne signifie pas « se vendre » de manière agressive — cela signifie développer une stratégie délibérée pour que les bonnes personnes connaissent les bons projets au bon moment.
Concrètement, cela implique de choisir ses batailles avec soin : identifier les projets à haute visibilité qui alignent vos compétences avec les priorités stratégiques de l’entreprise. De construire un narratif clair autour de vos réalisations — non pas « j’ai migré 500 serveurs vers le cloud » mais « j’ai réduit les coûts d’infrastructure de 30 % tout en doublant la capacité d’innovation de l’entreprise ». Et de cultiver des alliés qui amplifient votre visibilité quand vous n’êtes pas dans la pièce.
Stratégie 2 : construire un réseau de sponsors, pas seulement de mentors
La distinction entre mentor et sponsor est cruciale et souvent mal comprise. Un mentor vous donne des conseils. Un sponsor met sa réputation en jeu pour vous. Un mentor vous parle en privé. Un sponsor parle de vous en public — et particulièrement dans les réunions où les décisions de promotion se prennent.
Les recherches montrent que les femmes ont tendance à être « sur-mentorées et sous-sponsorisées ». Elles reçoivent beaucoup de conseils mais peu de championing actif. Pour les femmes qui visent la DSI ou la CTO, la construction d’un réseau de sponsors — idéalement incluant des sponsors masculins qui ont du poids dans les cercles de décision — est un levier stratégique de premier ordre.
Stratégie 3 : développer une expertise de niche à forte valeur stratégique
Dans un environnement où le double standard de compétence est la norme, une expertise de niche profonde crée une forme de protection : elle rend votre valeur indiscutable et votre remplacement difficile. Les femmes DSI/CTO qui réussissent ont souvent construit leur crédibilité autour d’un domaine spécifique — cybersécurité, IA, transformation cloud, données — avant d’élargir vers le leadership général.
Cette expertise de niche fonctionne comme un « cheval de Troie » : elle vous donne accès aux conversations stratégiques où votre expertise est indispensable, et une fois à la table, vous pouvez démontrer vos capacités de leadership plus larges.
Stratégie 4 : créer des alliances avec d’autres femmes leaders
L’isolement structurel ne se combat pas seul — il se combat collectivement. Les réseaux de femmes leaders dans la tech ne sont pas seulement des espaces de soutien émotionnel — ils sont des leviers stratégiques de premier ordre. Ils permettent de partager les informations stratégiques, d’identifier les opportunités, de co-construire des stratégies de visibilité, et de créer une masse critique qui change progressivement les dynamiques de pouvoir.
Le rôle de l’accompagnement dans le parcours vers la DSI/CTO
Les femmes qui accèdent aux plus hauts postes de direction IT partagent souvent un point commun : elles ont bénéficié, à un moment critique de leur parcours, d’un accompagnement spécialisé qui leur a permis de naviguer les obstacles spécifiques auxquels elles faisaient face.
Cet accompagnement ne prend pas la forme d’un coaching « femmes » qui enfermerait dans une catégorie. Il prend la forme d’un travail stratégique sur les dimensions qui comptent pour la progression vers le leadership IT, avec une prise en compte lucide des dynamiques de genre qui influencent cette progression.
Travailler sur le positionnement stratégique
Comment vous positionnez-vous dans les instances de pouvoir ? Quelle est votre signature de leadership ? Comment communiquez-vous votre valeur sans tomber dans les pièges du double standard ? Ce travail de positionnement est essentiel pour toute personne qui aspire au leadership — il l’est doublement pour les femmes dans la tech, qui naviguent un terrain miné de biais inconscients.
Développer l’intelligence politique
Beaucoup de femmes dans la tech ont construit leur carrière sur la seule force de leur expertise technique. Elles excellent dans l’exécution, mais sont moins à l’aise avec les dynamiques politiques qui déterminent les promotions aux plus hauts niveaux. Un accompagnement ciblé permet de développer cette intelligence politique — non pas pour « jouer au politique » mais pour comprendre comment le pouvoir fonctionne et comment l’utiliser au service de ses objectifs et de ceux de son organisation.
Naviguer les transitions critiques
Le passage de directrice technique à DSI/CTO est une transition identitaire majeure. Il ne suffit pas de maîtriser les compétences techniques — il faut incarner un leadership qui inspire confiance au-delà du périmètre technique. Cette transition est souvent le moment où les femmes ont le plus besoin d’accompagnement, parce que c’est le moment où les biais systémiques sont les plus actifs et les plus difficiles à naviguer seule.
Ce que les organisations peuvent faire : au-delà des bonnes intentions
La responsabilité de la diversité ne repose pas uniquement sur les femmes qui naviguent le système. Les organisations qui veulent véritablement progresser doivent agir sur plusieurs fronts simultanément.
D’abord, auditer honnêtement les processus de promotion et de succession pour la DSI et les postes de direction technique. Qui est dans le vivier de succession ? Comment les candidats sont-ils évalués ? Les critères favorisent-ils implicitement un profil de leadership masculin ? Ces questions dérangent — elles sont pourtant essentielles.
Ensuite, créer des programmes de sponsorship structurés qui connectent les femmes à haut potentiel avec des leaders seniors influents. Le sponsorship ne se produit pas naturellement dans les environnements à dominante masculine — il doit être intentionnellement conçu et soutenu.
Enfin, investir dans l’accompagnement individuel des femmes identifiées comme futures leaders IT. Un coaching spécialisé à des moments clés du parcours peut faire la différence entre une carrière qui plafonne et une carrière qui atteint son plein potentiel.
À retenir : naviguer le leadership tech au féminin
1. Les obstacles sont systémiques, pas individuels : Le double standard de compétence, l’invisibilisation des contributions, et l’isolement structurel ne sont pas des défis personnels — ce sont des dynamiques systémiques qui nécessitent des réponses stratégiques.
2. La visibilité stratégique est un levier clé : La compétence seule ne suffit pas. Développez une stratégie délibérée de visibilité qui connecte vos réalisations aux priorités stratégiques de l’entreprise.
3. Les sponsors comptent plus que les mentors : Investissez dans la construction d’un réseau de sponsors qui parlent de vous dans les pièces où les décisions se prennent.
4. L’expertise de niche est un cheval de Troie : Une expertise profonde dans un domaine stratégique crée un accès aux conversations de pouvoir et une crédibilité difficile à contester.
5. L’accompagnement spécialisé accélère la trajectoire : Les transitions critiques vers le leadership IT nécessitent un travail sur le positionnement, l’intelligence politique, et la navigation des biais systémiques — un accompagnement ciblé fait la différence.
Pour approfondir : Découvrez notre programme IMPACT – Coaching & Mentorat DSI
🎯 Points clés à retenir
- Le diagnostic systémique révèle les patterns invisibles qui maintiennent votre situation actuelle.
- Les vrais changements viennent du changement d’interactions, pas du changement de croyances.
- La durabilité vient de l’intégration : quand la nouvelle façon devient simplement normal.
- Votre leadership se transforme quand vous passez de ‘comment je change’ à ‘comment je change le système’.
- Le coaching systémique Palo Alto accélère ce processus en travaillant sur la structure, pas sur le symptôme.
Prêt(e) à transformer votre leadership ?
Réservez un appel découverte gratuit avec Belkis. 30 minutes pour explorer ensemble comment le coaching peut vous servir.
Réserver mon appel découverte